Helloween à Paris : 40 ans de carrière et une leçon magistrale de Power Metal

Published by

on

Célébrer quatre décennies de carrière est un défi que peu de groupes relèvent avec brio. Ce 22 octobre, au Zénith de Paris, Helloween n’a pas seulement fêté son anniversaire : ils ont rappelé qui sont les patrons du genre.

Alors que la démesure d’Iron Maiden à la Défense Arena semblait indétrônable cet été, la performance d’Helloween vient de bousculer la hiérarchie. Une intensité rare, servie dès l’ouverture par une première partie qui n’avait rien d’un simple tour de chauffe : Beast in Black.

Beast in Black: L’efficacité à l’épreuve du minimalisme

L’installation du matériel confirme rapidement la donne : Beast in Black reste fidèle à sa configuration sans claviers physiques. Une austérité scénique accentuée ce soir par une surprise de taille : l’absence du guitariste Kasperi Heikkinen.

Pourtant, dès que « Power Of The Beast » retentit, le doute n’est plus permis. Avec ses sonorités évoquant « Everytime We Touch » de Cascada couplées à une rythmique Metal, le titre est une machine de guerre en live. L’efficacité prime sur la complexité.

Après quelques classiques comme « Hardcore » et « From Hell With Love », le frontman Yannis Papadopoulos clarifie la situation. Ce set en quatuor marque la fin d’une ère : le groupe entame un nouveau cycle et s’apprête à accueillir Daniel Freyberg (ex-Children of Bodom) pour renforcer ses rangs.

Côté setlist, le groupe s’appuie majoritairement sur les piliers de ses trois premiers albums, mais intègre ses productions plus récentes avec les singles « Power Of The Beast » et « Enter The Behelit ». Une stratégie à double détente : ravir les fidèles et, surtout, convertir les non-initiés venus pour la tête d’affiche. C’est le tour de chauffe idéal avant une année 2026 charnière, qui verra la sortie d’un quatrième opus et une tournée d’envergure en compagnie de Sonata Arctica et Frozen Crown.

Malgré l’omniprésence des bandes (backing tracks), Beast in Black a rempli sa mission avec brio : transformer le Zénith en dancefloor et préparer idéalement la salle pour la suite des hostilités.

Helloween : La maîtrise absolue des « Pères » du Power Metal

Le rideau tombe. Ce soir, le Zénith de Paris n’est pas là pour une simple date de tournée, mais pour célébrer les 40 ans d’une institution. Dès l’entame sur « March of Time », la promesse de l’alliance à sept est tenue : la confrontation vocale entre Andi Deris et Michael Kiske est impériale.

Quand « The King for a 1000 Years » résonne, le verdict tombe : nous assistons probablement au meilleur duo vocal de l’histoire du genre. Cette synergie monte encore d’un cran lorsque nos deux protagonistes accueillent le troisième larron, Kai Hansen. Sur « Future World », le trio Hansen-Kiske-Deris ne se contente pas de chanter, il s’amuse, offrant au public un spectre vocal d’une richesse rare.

Le pari risqué de « Giants & Monsters »

C’est au cœur de cette machine bien huilée que le groupe tente le pari audacieux avec « This Is Tokyo ». L’accueil est poli, mais le décalage est palpable. C’est ici que la stratégie marketing de cette tournée 40 Years Anniversary montre ses limites.

Défendre le nouvel album Giants & Monsters, sorti seulement en août, au milieu d’un set anniversaire est un exercice périlleux. Le public, venu pour voyager dans le temps, semble moins réceptif. Seule exception notable : « Universe (Gravity For Hearts) », qui a réussi à tirer son épingle du jeu grâce à une énergie fédératrice. La preuve que ce n’est pas une question de qualité — les titres ont un potentiel live indéniable — mais de timing et de mode de consommation. À l’ère du streaming où le « skipping » est roi, le public n’a pas encore eu le temps d’imprégner ces nouveaux morceaux comme on le faisait à l’époque du format physique.

Une leçon de scénographie et d’émotion.

Le léger froid du nouveau « This Is Tokyo » est vite balayé. Après une déferlante d’énergie sur « We Burn » et un solo de batterie percutant de Daniel Löble, le groupe dégaine l’artillerie lourde avec l’incontournable « I Want Out ». L’hymne fait trembler les murs du Zénith et plonge la salle dans une euphorie collective.

C’est le moment choisi pour une rupture de ton radicale. Andi et Michael s’offrent un interlude acoustique sur « In the Middle of a Heartbeat ». Une prise de risque après la folie précédente ? Non, une démonstration de nuance. Helloween prouve que le Power Metal sait aussi émouvoir, avant de réélectriser progressivement l’ambiance pour le sprint final.

Le verdict : Au-delà de la nostalgie

La montée en puissance vers la conclusion est irrésistible, culminant sur un « Keeper of the Seven Keys » qui, malgré un format raccourci, offre un final d’une intensité magistrale.

Il faut savoir rendre les armes : moi qui pensais que la tournée Run For Your Lives ! d’Iron Maiden serait indétrônable cette année, je dois réviser mon jugement. Helloween a proposé une prestation supérieure, portée par une trinité vocale unique au monde. Steve Harris et Bruce Dickinson m’en excuseront, mais ce soir, les patrons du Heavy Metal étaient allemands. Rendez-vous au Hellfest 2026.

En savoir plus sur Matthias Belloir

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture