Lorsque le communiqué officiel tombe ce 23 novembre, actant la séparation brutale entre Arch Enemy et Alissa White-Gluz, la date parisienne du 27 octobre dernier prend instantanément une dimension historique. Sans le savoir, le public du Zénith assistait à un crépuscule : la toute dernière prestation de la vocaliste sur le sol français après 12 ans de règne.
Rétrospective d’une soirée devenue testament, partagée avec Eluveitie, Amorphis et Gatecreeper, pour clore le chapitre Blood Dynasty.
Gatecreeper : La révélation Death Metal
Loin de mes terres de prédilection, le Death Metal américain de Gatecreeper m’était inconnu jusqu’à ce soir. Ce qui aurait pu être une simple première partie s’est transformé en une leçon d’efficacité. Dès l’ouverture sur « Dead Star », le groupe impose son groove et ses soli mélodiques, balayant mes réticences.
La setlist est une véritable vitrine pour leur dernier opus, Dark Superstition (mai 2024), dont sont extraits les moments forts du set. L’hymne « The Black Curtain » et ses chœurs fédérateurs (« UNDEAD, UNLIVING! ») ou encore l’intro basse vrombissante de « Flesh Habit » prouvent que le groupe sait écrire des titres taillés pour le live. Une promo impeccable pour cet album qui tourne désormais en boucle chez moi.
La performance est d’autant plus louable que les conditions n’étaient pas optimales : un mixage sonore brouillon et un plan de feux bicolore (rouge/vert) particulièrement hostile à la photographie. Qu’importe, l’énergie était là. Gatecreeper a réussi son pari de conquête, et je serai au rendez-vous pour confirmer cette impression sur la Mainstage 2 du Hellfest, le samedi 20 juin 2026. Le public de Clisson est prévenu.
Amorphis : Le rattrapage nécessaire
Si la qualité sonore reste, hélas, le point noir de la soirée, elle n’a pas réussi à éclipser la prestation des Finlandais. J’avoue ici un tort personnel : bien que le nom d’Amorphis circule depuis des décennies, je n’avais jamais pris le temps de plonger dans leur discographie. Ce soir, j’ai réalisé l’ampleur de ce rendez-vous manqué.
La présence d’un claviériste a immédiatement capté mon attention, offrant une authenticité organique bien supérieure aux bandes sonores de Beast in Black évoquées dans ma précédente chronique. Dès l’entame sur « Bones », le mélange est savoureux : des nappes mélodiques aux influences orientales qui contrastent avec l’alternance chant clair/growl. Une vraie richesse de composition.
Côté visuel, le lightshow, bien que tamisé, offrait enfin des contrastes exploitables pour la photographie, surpassant celui de la première partie.


Le set monte en puissance avec « Silver Bride », dont le refrain fédérateur m’a instantanément embarqué. Plus les titres défilent, plus le regret de ne pas les avoir écoutés plus tôt s’installe. Le final sur l’incontournable « The Bee » achève de me convaincre. C’est une certitude : je surveillerai de près leur retour. Si un nouveau déplacement à la capitale restera conditionné par l’affiche, une halte à Rouen rendrait ma présence non négociable.
Eluveitie : L’harmonie retrouvée
Ma dernière rencontre avec Eluveitie remontait au défunt Download Festival 2018. À l’époque, le growl rugueux de Chrigel Glanzmann me semblait parasiter les mélodies. Sept ans plus tard, mon oreille a mûri : ce que je prenais pour du bruit est en réalité le contrepoids nécessaire à la richesse harmonique du groupe.
L’ouverture sur « Ategnatos » pose immédiatement le défi technique de la soirée. Avec huit musiciens sur scène et un arsenal d’instruments traditionnels (violon, harpe, flûte irlandaise, mandoline), le mixage est un exercice de haute voltige. Si le son tâtonne au début, l’équilibre finit par se créer, laissant la voix cristalline de Fabienne Erni dialoguer avec la brutalité du chant saturé.
La setlist est une démonstration de virtuosité, notamment sur « Deathwalker » où la vielle à roue entre en scène. Je reste impressionné par la polyvalence de ces musiciens, capables d’alterner les instruments au sein d’une même composition.


Mais le moment de grâce survient avec « L’appel des montagnes ». Le groupe suisse a l’élégance d’interpréter ce titre dans la langue de Molière. Une attention qui transforme un simple concert en moment de communion privilégié.
Pour le final, l’incontournable « Inis Mona » emporte tout sur son passage. La mélodie, issue du traditionnel Tri Martolod (popularisé en France par « La Tribu de Dana »), rend la foule hystérique. Petit clin d’œil à l’histoire : les puristes se souviendront que Manau et Eluveitie avaient d’ailleurs partagé la scène au Gurten Festival en 2013. La boucle est bouclée.
Arch Enemy : Le testament « Pure Fucking Metal »
Jamais déçu, toujours bousculé. Pour ma quatrième rencontre avec Arch Enemy (la précédente datant du Hellfest 2023), la machine de guerre suédoise n’a pas failli à sa réputation.
Lorsque le rideau tombe, c’est la déflagration « Deceiver, Deceiver » qui embrase la fosse. Premier constat rassurant : le son brouillon jusqu’alors, gagne enfin en clarté et en puissance.
Cette tournée Blood Dynasty assume pleinement son actualité. Loin de se reposer sur ses lauriers, le groupe défend fièrement son dernier opus (mars 2025), dont près de la moitié des titres sont intégrés à la setlist.
L’adieu en français

Mais l’Histoire retiendra un moment suspendu. Au milieu du déluge sonore, Arch Enemy décoche « Vivre Libre », une reprise inattendue de Blasphème, groupe culte du Heavy Metal français. Une exclusivité réservée au public hexagonal qui, à la lumière des événements récents, résonne comme le plus symbolique des cadeaux d’adieu de la part d’une Alissa White-Gluz qui maîtrise notre langue à la perfection.
Avec le recul de l’annonce de son départ, cette interprétation prend une tournure déchirante. C’était probablement la première et la dernière fois que ce titre résonnait live avec sa voix. Une attention rare, qui prouve qu’au-delà de la machine bien huilée, le groupe sait créer de l’unique.
Si la scénographie restait sobre, l’efficacité du lightshow a permis d’immortaliser les ultimes instants de la frontwoman sur une scène parisienne. La facilité déconcertante avec laquelle Alissa tenait la foule française dans sa main laissera un vide immense.
Une page se tourne pour Arch Enemy. En attendant de découvrir l’identité de celle (ou celui ?) qui aura la lourde tâche de succéder à l’icône, je retiens une soirée d’une densité rare. Merci Alissa.

